Skip to content
Patrimoine · 6 min de lecture

Comment Courchevel a été construite

Comment Courchevel 1850 a été construite : la décision du Conseil Général de la Savoie en 1946, le plan « ski aux pieds » de Laurent Chappis, les quatre villages d'altitude, l'altiport de Michel Ziegler en 1961 et l'ère des Palaces — l'histoire qui façonne encore la station.

août 2024Courchevel 1850 Editorial

Courchevel fut la première station de ski de France bâtie à partir de rien — aucun vieux village à adapter, aucune place d'église autour de laquelle s'organiser. En 1946, le Conseil Général de la Savoie choisit un plateau désert exposé au nord-est, au-dessus de Saint-Bon-Tarentaise, et confia à un jeune urbaniste, Laurent Chappis, une seule consigne : tout concevoir autour du ski. Quatre-vingts ans plus tard, ce plan décide encore de l'emplacement des Palaces et explique pourquoi l'on peut skier jusqu'au pas de presque chaque porte.

La plupart des stations alpines sont nées de villages agricoles auxquels on a greffé plus tard des remontées mécaniques. Courchevel, elle, fut dessinée sur un plateau vierge — première station française pensée de toutes pièces comme une machine à skier, et le modèle des stations intégrées qui essaimèrent ensuite dans les Alpes. Voici comment elle fut bâtie, décennie après décennie, et tout ce qu'il reste du plan de 1946 sous vos skis aujourd'hui.

La décision de 1946 — une station conçue autour du ski

L'idée a précédé les remontées. Une étude menée en 1942, pendant la guerre, et les travaux de thèse de l'urbaniste Laurent Chappis avaient déjà imaginé une station bâtie pour la neige plutôt qu'adaptée à elle. En 1946, le Conseil Général de la Savoie — le conseil départemental — décida d'en construire une, à la fois pour ouvrir le ski au-delà de quelques privilégiés et pour offrir un avenir économique à la vallée de la Tarentaise. Chappis, aux côtés de l'ingénieur Maurice Michaud, passa un hiver à parcourir les pentes à ski, relevant les dénivelés, l'ensoleillement et les vents dominants. Ce qu'il dessina était radical pour l'époque : une étoile de pistes convergeant vers un forum central, chaque bâtiment tourné vers le soleil, chaque rue dévalant vers une remontée, et aucun hôtel à plus d'une courte pente de la neige. Il appela ce principe le ski aux pieds — les skis chaussés dès le seuil — et il régit encore le village.

Courchevel, décennie après décennie

Huit décennies séparent les premiers téléskis à corde du plateau des Palaces d'aujourd'hui. Les jalons qui comptent :

AnnéeJalon
1942Étude d'aménagement pendant la guerre ; Chappis esquisse le plan d'une station intégrée
1946Le Conseil Général de la Savoie décide de bâtir Courchevel de toutes pièces
1947Les premières remontées mécaniques ouvrent sur le plateau de 1850
1949Le chalet Joliot-Curie de Denys Pradelle — un premier modèle de la maison de montagne moderne
1961Michel Ziegler construit l'Altiport pour sa compagnie Air Alpes ; premier atterrissage en janvier 1962
1992Les Airelles ouvre et l'ère des Palaces commence
2006Cheval Blanc ouvre ; son restaurant Le 1947 décrochera trois étoiles Michelin
2013L'Apogée complète l'ensemble moderne des hôtels Palaces

D'un plateau au plus grand domaine skiable du monde

Le plateau n'était que la graine. Le champion de descente Émile Allais fut appelé pour tracer et damer les pistes, inventant la piste damée préparée à la machine que les stations du monde entier copièrent ensuite. Les remontées gagnèrent la Saulire puis s'étirèrent le long des crêtes et, dès les années 1970, Courchevel s'était reliée aux vallées voisines de Méribel et des Belleville pour former Les Trois Vallées — aujourd'hui quelque 600 kilomètres de pistes connectées, le plus grand domaine skiable relié du monde. Chaque mètre en remonte à l'étoile de pistes que Chappis traça le premier, à ski, en 1946.

Pourquoi elle s'appelle 1850 — les quatre altitudes

Courchevel fut bâtie en quatre villages étagés selon la hauteur et baptisés, sans détour, d'après leur altitude en mètres : 1300 (Le Praz), 1550, 1650 (Moriond) et 1850, tous au sein de la commune de Saint-Bon-Tarentaise. Ces chiffres, nés comme un raccourci d'urbaniste, ne sont jamais repartis ; seule 1650 a repris un nom de village, Moriond, et surtout pour le marketing. Les habitants répondent encore au téléphone en donnant le nombre. Le plateau de 1850 fut choisi pour deux raisons qui comptent toujours aux yeux des skieurs : il tient la neige de décembre à avril de façon fiable et — fait rare dans les Alpes — il est exposé au nord-est, si bien que ses pistes gardent leur manteau au lieu de tourner à la soupe dès l'heure du déjeuner.

Le code architectural — et comment il a fléchi

Chappis et les architectes de l'Atelier d'Architecture en Montagne, parmi lesquels Denys Pradelle, fixèrent un code : soubassement de pierre, bardage de mélèze au-dessus, toits bas conçus pour évacuer la neige. Il tint une vingtaine d'années. Puis l'argent arriva. Dès la fin des années 1960, la discipline se relâcha — constructions plus imposantes autour de la Croisette, glissement vers un pastiche tyrolien — et, à partir des années 1990, l'ère des Palaces réécrivit le sommet du plateau. Les Airelles d'abord, puis Cheval Blanc, puis L'Apogée, chacun mariant une cuisine étoilée à un spa et redessinant l'après-ski. Aujourd'hui, Courchevel compte plus d'hôtels dotés de la distinction officielle française « Palace » que n'importe quelle autre station de ski du pays — un label que l'État réserve à une poignée d'établissements dans toute la France.

Ce qui a survécu du plan de 1946

Trois choses ont survécu à tout ce que l'on a bâti depuis. Le réseau de pistes, toujours tracé autour de la Saulire et de Pralong comme Chappis l'avait voulu. L'Altiport — une piste d'atterrissage courte et en forte pente, à quelque 2 000 mètres d'altitude, qui a mis la station à un saut d'avion léger des villes et sur laquelle les pilotes s'entraînent encore spécialement pour se poser. Et la règle fondatrice : un bâtiment se juge à la possibilité de skier jusqu'à sa porte. C'est pourquoi les Palaces bordent le Jardin Alpin et Bellecôte, pourquoi le village n'a pas de grande place centrale et pourquoi — quatre-vingts ans plus tard — Courchevel 1850 se lit encore autant comme une œuvre d'ingénierie que comme un lieu de séjour.

À lire aussi

Comparez les quatre niveaux dans notre guide des villages de Courchevel et notre comparatif 1850 face à 1650 ; suivez les pistes de Chappis à travers les Trois Vallées ; ou commencez par le planificateur de séjour.

Good to know

Frequently asked

Quand Courchevel a-t-elle été construite ?
Courchevel a été fondée en 1946, lorsque le Conseil Général de la Savoie décida de bâtir une station de ski conçue à cet effet sur le plateau au-dessus de Saint-Bon-Tarentaise. Les premières remontées ouvrirent en 1947, et la station n'a cessé de grandir depuis, niveau après niveau et décennie après décennie.
Qui a conçu Courchevel ?
L'urbaniste Laurent Chappis dessina le plan d'origine de 1946-1947 avec l'ingénieur Maurice Michaud, autour d'une seule idée qu'il appelait le « ski aux pieds » — les skis chaussés dès le seuil. Les architectes de l'Atelier d'Architecture en Montagne, dont Denys Pradelle, façonnèrent les premiers bâtiments.
Pourquoi Courchevel s'appelle-t-elle 1850 ?
Courchevel fut bâtie en quatre villages nommés d'après leur altitude en mètres — 1300 (Le Praz), 1550, 1650 (Moriond) et 1850, le plus haut et le plus huppé. Le « 1850 » a commencé comme un raccourci d'urbaniste pour désigner le village du sommet, avant de devenir la marque que le monde entier connaît aujourd'hui.
Courchevel est-elle une station intégrée ?
Oui. Courchevel 1850 fut la première station de ski de France entièrement bâtie de toutes pièces, et non autour d'un village existant — c'est pourquoi ses rues, ses remontées et ses hôtels s'ordonnent tous autour du ski.